La Grèce et l’Europe en danger

Depuis trop d’années, la construction européenne et ses traités fondateurs d’une part, les instances dirigeantes de l’Europe d’autre part, ont été aux mains des tenants d’un dogme économique.
Bien que de droite, ces fondateurs et dirigeants Européens ont fait du marxisme sans le savoir : l’économie représente l’infrastructure de laquelle devait découler tout le reste.
Faire l’Europe pour ces zélateurs du marché, c’était créer une monnaie, règlementer le commerce, c’est-à-dire privatiser, célébrer la concurrence, flexibiliser le salariat et réduire les services publics aux fonctions purement régaliennes.
Or, ils se sont trompés.
La superstructure politique n’a pas suivi l’infrastructure économique. Je diffère des marxistes en ce que je considère que l’économie n’est pas grand chose et que les valeurs, les convictions, la culture d’un être priment sur son rôle dans l’appareil de production.
Bâtie pour une idéologie économique, l’Europe, grande et belle idée, va-t-elle sombrer ?
La question mal posée est de savoir si on va sauver la Grèce.
En lui infligeant une cure quasi-létale d’austérité, les dogmatiques du libéralisme économique ont créé une situation explosive et difficilement redressable.
Que d’erreurs économiques et que de fautes politiques imputables aux tenants de la « lutte des classes à rebours », lutte des oligarques et de la finance contre les peuples !
Non, il ne fallait pas réduire le nombre des agents publics, ni abaisser les salaires et les pensions, ni privatiser les profits tout en socialisant les pertes.
Ce qu’il convient de faire et que je préconise :
—– Demander à la Grèce de réduire ses dépenses militaires, doubles de celles de la France, en pourcentage de produit intérieur ;
—- Soumettre à l’impôt les armateurs et autres milliardaires, au besoin en modifiant par voie référendaire la constitution qui les exonère ;
—– Soumettre à l’impôt l’église, propriétaire de vastes domaines et échappant faute de cadastre à l’imposition.
Mais, de ces « réformes », nos dogmatiques ne veulent pas.
En Grèce, comme ici et ailleurs, l’austérité, les sacrifices, les efforts, les régressions sont pour les petites gens et non pour la caste des privilégiés vivant à l’abri de leurs postulats.
Même SYRIZA, sympathique mouvement de justice sociale, n’ose guère prôner les réformes d’équité que je mentionne ici, puisque ce parti de gauche est allié d’un petit parti de droite nationaliste et religieux.
A l’heure où j’écris ces lignes, nous ignorons si la Grèce sortira ou non de la zone Euro.
Si cela advenait, ce serait un signal extrêmement négatif adressé au monde.
Demain, d’autres membres pourraient subir le même sort et l’égoïsme de chaque peuple serait conforté dans un élan du chacun pour soi.
Alors, imposons à la Grèce les réformes justes et efficaces, puis déchargeons-la d’une dette qu’elle ne pourra pas honorer en toute hypothèse.
Quant à l’avenir, comme il m’a déjà été donné de l’expliquer, il faut revoir le financement des services publics qui ne sauraient être abaissés au rang d’activités marchandes.
Dire qu’un hôpital, une mairie, un tribunal, un commissariat de police, un service social doivent être rentables, faire des économies, adopter des règles budgétaires de boutiquiers, confine à l’imposture.
Changeons un système conçu pour la finance et contre les peuples.
La vie bien avant l’argent !
Gérard CHAROLLOIS