La chasse : une calamité, pas une fatalité

En Occident, de nos jours, le loisir chasse représente la rencontre d’une perversion humaine et de la mort d’un animal, dont nul ne conteste plus qu’il soit un être sensible.

Je dis : perversion car il est pervers de jouir de l’effroi et du mal qu’on occasionne à autrui.
Aucune nécessité vitale ne justifie ce loisir dans lequel tuer ne vise ni à se nourrir, ni à se protéger d’un agresseur, mais à se distraire, s’amuser à transformer en cadavre l’oiseau qui passe et le mammifère qui fuit.
La chasse tuerait, nombre sans doute sous-évalué, trente millions d’animaux par an en France dont beaucoup sortent des volières des éleveurs pour alimenter le stand de tirs des chasseurs.
Beaucoup d’animaux blessés agonisent dans des fourrés, après qu’une aile, une patte ou une mâchoire aient été arrachées par des plombs ou une balle.
La chasse loisir, loin d’être une « gestion » de la faune comme le récitent stupidement quelques politiciens irresponsables, constitue une calamité.

— calamité,

pour l’animal qui subit cette guerre sans honneur, sans pouvoir échapper au grand massacre dans un espace naturel dégradé, quadrillé par de trop nombreux chasseurs ne lui laissant aucune chance sérieuse de fuite.
Or, la chasse qui traque, blesse et tue est cruelle pour des animaux sauvages qui ne trouvent plus de véritables refuges dans un environnement totalement anthropisé.
Songeons qu’aux fusils, l’homme pervers ajoute la dague du veneur, le piège du sadique, les pinces du déterreur de blaireau.

— calamité,

pour la nature, car la chasse est la cause première de la disparition des espèces animales.
Bien sûr, les pesticides et la mécanisation agricole, l’emprise urbaine, les infrastructures de transports, les pollutions, la surpopulation humaine constituent autant d’agressions contre la biodiversité.
Néanmoins, derrière toute disparition d’espèce, vous trouverez d’abord la chasse.
Pensez aux grands prédateurs, lynx, loups et ours exterminés par les fusillots.
Outre qu’elle détruit directement, la chasse terrorise la faune, la contraint à fuir l’homme. Or, l’homme est omniprésent dans tous les milieux et la faune insécurisée cesse de se reproduire.
Ainsi, vous verrez davantage d’oiseaux dans les parcs suburbains, surtout dans les pays où l’on ne chasse plus, que dans nos campagnes françaises devenues des déserts de vies sauvages.

— calamité,

pour l’homme lui-même, car la chasse est une école de violence, un apprentissage de l’acte de tuer, une indignité morale.
À la chasse, l’homme fait subir à l’animal ce qu’il ne peut pas se permettre d’infliger à ses semblables, en temps ordinaire. Mais que surviennent des conflits, des guerres, celui qui a appris à égorger la bête égorgera son ennemi du jour, celui qui a usé du fusil, assassinera par arme à feu son adversaire.
Banalisation de l’acte de mort, la chasse révèle d’inquiétantes pulsions chez ses adeptes et vous la trouverez très souvent derrière les crimes de sang que jugent les cours d’assises.

Calamité pour l’animal, pour la nature et pour l’homme, la chasse est subie par trop de concitoyens comme une fatalité déplaisante.
Le lobby chasse, tenant l’Etat, manipulant les élus, usant d’une propagande grossièrement mensongère, soutient que le loisir de mort est inéluctable et doit être accepté, au besoin comme un mal dont on aurait un peu honte mais qui ne guérira jamais.
Il n’en est rien.
Ce loisir cruel, anti-écologique et dégradant, ne recueille, en Europe, que l’adhésion d’une infime minorité rétrograde, à savoir moins de 1% de la population, et 2% en France.
Vous entendrez parfois les petits GEOBBELS de la chasse affirmer que ce pays compte un million trois cent mille chasseurs.
C’est faux. Ils sont désormais moins d’un million et ce nombre diminue inexorablement d’année en année.
La chasse n’est nullement une fatalité, une malédiction, une tare incurable.
Elle va disparaître, comme tant d’autres anciennes traditions barbares et sanglantes.
Ce n’est qu’une question de temps.
Pour l’heure, en ce pays, un lobby organisé sur des bases corporatistes héritées du gouvernement de VICHY, dicte ses lois, transforme trop de décideurs en pantins dociles.
Comme ils sont ridicules ces politiciens qui font la danse du ventre devant les présidents de fédérations de chasseurs !
Le lobby ne veut rien concéder, ni sur les dates d’ouverture, ni sur les espèces chassables, ni sur les territoires ouverts à la chasse, ni sur les modes de chasse, fussent-ils atrocement cruels, à l’instar du déterrage, ou non sélectifs, à l’instar de la chasse de nuit des oiseaux d’eau.
Le lobby a peur de nous. Il préfère injurier qu’affronter le débat d’idées. Car les dirigeants de la chasse mesurent le caractère anachronique de leurs pratiques, le scandale de leurs privilèges contre nature.
Ils savent que demain leur confiscation de la faune, de l’espace naturel et de la démocratie cessera, lorsque des gouvernants responsables prendront la mesure de deux faits essentiels :
Les citoyens sont hostiles à la chasse et la prétendue « gestion » cynégétique n’est qu’une formidable imposture.
Qu’aurons-nous besoin, demain, de chasseurs pour réguler la faune, si nous avons la chance d’avoir des renards, des lynx et des loups !
Un monde sans chasse sera un monde moins violent, un monde dans lequel l’humain aura fait enfin la paix avec la nature, où la pulsion de vie triomphera de la pulsion de mort.

Gérard CHAROLLOIS