Condition animale : le débat interdit

Pendant que penseurs et philosophes commencent, en Occident, à réfléchir à la condition animale, que se constituent de multiples associations militantes, nombreuses mais hélas trop confidentielles, la situation des animaux confine à un enfer.
Avec la croissance de la population humaine, l’élévation du niveau de vie sur l’ensemble de la planète, la facilité des échanges commerciaux, la doctrine « libérale » qui exige productivisme et moindre coût, le nombre des animaux d’élevage tués ne cesse d’augmenter.
Si, en Europe, la quantité de viande consommée par habitant tend à diminuer ces dernières décennies, des populations nouvelles accèdent à ce mode d’alimentation en Asie et en Afrique.
Pour se nourrir, l’homme tue massivement.
Par-delà l’abattoir, l’animal domestique souffre de conditions d’élevages concentrationnaires sans précédent dans l’Histoire planétaire.
Parce que l’économie est fondée sur la concurrence, la compétition, la rentabilité et la massification de la production, les usines à viande, à lait, à oeufs seront de plus en plus concentrées, regroupant toujours davantage d’animaux, avec à terme, la disparition de l’élevage traditionnel qui, au demeurant, n’était pas un paradis pour vaches, cochons et couvées.
L’avenir, en système libéral, est le camp de concentration pour des milliers d’animaux, afin de diminuer la charge salariale et les dépenses induites.
Présentement, en France, les médias bruissent des actions, occasionnellement délictueuses, des éleveurs confrontés à cette évolution inéluctable, imposée par un système politique et économique qu’ils soutiennent, par ailleurs, de leurs suffrages.
Pas un mot, dans les médias audio-visuels et dans la presse régionale, sur la condition des animaux victimes de ces élevages intensifs, abattus à la chaîne dans une superbe indifférence, puisqu’au fond, pour ce monde, il ne s’agit que de marchandises et non d’êtres vivants sensibles.
Reconnaissons que la prise de conscience de l’horreur de ce massacre industrialisé n’effleure pas la majorité de nos contemporains.
Non pas que dans leur ensemble les humains se délectent du spectacle de la mort donnée, mais la plupart d’entre eux ne veulent pas savoir.
L’immense majorité de nos concitoyens ne tueraient plus, mais ils laissent faire la sale besogne pour leur compte.
En marge de cette majorité soumise, l’opinion se divise en deux camps extrêmes.
— D’un côté, une minorité de sadiques, amateurs de chasse et de corrida, font de la souffrance et de la mort un loisir ou un spectacle et jouissent ludiquement du mal qu’ils occasionnent.
—- De l’autre côté, une minorité plus importante d’humains refusent non seulement de faire le mal, mais également de profiter du mal que d’autres auront perpétré.
A l’évidence, le débat de fond, la confrontation sérieuse et loyale des idées, la présentation des arguments et l’exposé des options éthiques, n’ont pas lieu .
L’impossibilité de l’échange tient à ce que le tortionnaire d’animaux ne peut pas contester le caractère sensible de l’être qu’il tourmente, exploite, supplicie par pur intérêt ou par simple tradition.
Alors, vous observez des lobbies exigeant des politiques d’humiliantes génuflexions sur le thème « Nos amis chasseurs gèrent la nature et sont les meilleurs écologistes », ou « La corrida est un spectacle sublime ».
Les opposants à ces crimes deviennent des « ayatollahs », des « extrémistes » des « marginaux » et on ne réfute pas les idées des « intégristes ». L’insulte interdit le débat, évite qu’il ait lieu.
L’athée que je suis trouve plaisant d’être affublé de la dénomination d’ayatollah.
Les négationnistes du caractère sensible de l’animal révèlent ainsi leur incapacité de défendre leur idéologie autrement que par l’intrigue, la pression, l’injure personnelle et la fumée de mots creux.
La torture et la mise à mort deviennent des « cultures, des « arts », des symboliques et non des réalités.
D’ailleurs, pour les propagandistes de la mort, « un animal éprouve la douleur, sans doute, « mais ne souffre pas  » !.
Peut-on descendre à ce point dans l’absurde ?
Bien sûr, il n’est pas donné à tout le monde de partager des émotions avec un loup, un taureau, un cerf ou un sanglier.
Mais qui ignore encore que nos chiens, chats ou autres animaux domestiques possèdent une personnalité propre, une psychologie, éprouvent, outre la douleur, des angoisses, des stress, manifestent de la peur ou de la joie.
Or, les mammifères que nous connaissons moins jouissent des mêmes capacités que les compagnons de nos demeures.
Affirmer que le taureau dans l’arène, aux muscles déchirés, aux os brisés, aux poumons perforés ne souffre pas relève d’une débilité profonde.
Nier que le blaireau extrait par les pinces de son terrier, que le cerf mordu par les chiens et poignardé, que le sanglier à la mâchoire arrachée par une balle ne souffrent pas constitue une imposture grossière.

Préconisations :

Deux facteurs humains génèrent l’enfer des animaux : l’intérêt marchand et la cruauté.
Il faut, d’abord, que l’homme cesse de jouir de la souffrance qu’il occasionne, pour qu’il accepte, en un second temps, de renoncer à ses intérêts pour améliorer le sort des autres êtres vivants.
En conséquence, les avancées éthiques passent par l’abolition de la chasse, de la corrida et autres jeux et spectacles impliquant la maltraitance et la mise à mort d’êtres sensibles.
Pour nous, défenseurs du vivant, nous devons appeler nos contemporains à ne plus faire d’un acte de barbarie un loisir et une attraction.
En élevant le degré de sensibilité de chacun, en édifiant une société dans laquelle le fait de tuer ne sera plus une action ludique, en éduquant au respect d’autrui, fut-il le plus humble, en invitant chacun à ajouter de la douceur et du plaisir et à retrancher de la souffrance, nous aurons fait œuvre utile, tant pour les animaux que pour les hommes.
Amis militants pour le mieux, mobilisez-vous contre l’utilisation des êtres vivants comme souffre-douleurs !
Chasse, corrida, combats de coqs et autres amusements sadiques doivent s’effacer pour que la pulsion de vie l’emporte sur la pulsion de mort.
Sans outrances inutiles, sans agresser quiconque, nous devons inciter les humains à se comporter mieux avec l’animal et avec une nature par trop maîtrisée.

Gérard CHAROLLOIS