Chasse et propagande

La presse reçoit ce jour une étude d’un bureau privé (BIPE), sérieux nous dit-on, puisqu’agréé par l’enseignement supérieur, portant sur l’économie de la chasse et la sociologie du chasseur.
Cette étude a été commanditée par la fédération nationale des chasseurs et n’apprend pas grand chose de plus que ce que vous liriez à propos de toute activité humaine.
La chasse crée des milliers d’emplois, génère deux milliards d’entrées de fonds, représente des dizaines de milliers d’heures de bénévolat, (peut-être faudrait-il les payer pour chasser !).
Or, tout ceci est ridicule d’un point de vue scientifique.
Les mêmes rubriques pourraient être retenues en faveur des joueurs de boules, du tennis, de la randonnée en montagne et des salles de musculation !
Absurde de comptabiliser ce que le loisir de mort induit comme emplois et devises pour cette raison d’évidence que si le chasseur cessait de chasser, il consommerait d’autres loisirs, effectuerait d’autres sorties dominicales, investirait dans d’autres produits que des cartouches et des fusils.
La chasse l’empêche d’user autrement de son temps et de son argent, tout simplement et ne génère absolument rien de plus.
Mais le lobby a besoin de propagande et ce rapport d’une cinquantaine de pages lui permet d’arroser les médias et les politiques, en espérant qu’ils ne seront pas trop nombreux à exercer leur esprit critique.
Néanmoins, saluons une confirmation essentielle fournie par cette étude.
L’auteur nous confirme que le nombre des chasseurs est désormais d’un million cent mille.
Il était de deux millions quatre cent mille en 1976.
Par ailleurs, 53% des chasseurs ont plus de 55 ans.
Le nombre des tueurs agréés diminue de 2% par an actuellement,malgré les efforts de recrutement des cynégécrates.
Deux facteurs rendent inéluctable la mort de la chasse :
—- Le premier est purement matériel et réside dans la disparition des espaces naturels sous le béton et l’asphalte. Pas facile de chasser entre routes, ronds-points, super-marchés, lotissements, zones industrielles, ni même champs aseptisés de l’agrochimie!
—– Le second facteur est positif :
Il tient au fait que nombre de nos contemporains récusent la violence, la cruauté d’un loisir consistant à traquer, mutiler et tuer des êtres sensibles. La chasse est une caricature de la guerre, un ersatz de défoulements malsains.
Quel est son coût en nombre de vies animales et même de vies humaines, d’accidents?
Son abolition élèvera l’humain sans la moindre incidence négative sur la sacro-sainte économie, puisque les sommes investies pour tuer le seraient pour d’autres activités sportives, culturelles ou de loisirs, elles aussi créatrices d’emplois .

Gérard CHAROLLOIS