Défenseurs du vivant contre ennemis de la terre

Les querelles subalternes, les comportements névrotiques, les intolérances farfelues, les scissions permanentes, le refus des diversités éparpillent la nébuleuse des défenseurs du vivant, de l’écologie, de l’animalisme.
Ce n’est pas demain la veille que les protecteurs du vivant auront leurs députés et leurs gouvernants.
Leur propension aux divisions inexpiables les condamne à la marginalité dans l’Etat, alors qu’ils sont majoritaires dans la société.
Bien qu’en phase avec la sensibilité des contemporains, les amis de la nature et du vivant se confinent à l’impuissance politique en raison de pulsions scissionnnistes, de leur goût de la chapelle où s’épanouit l’égotisme de l’une et de l’un.
Impossible de rassembler ceux qui veulent l’abolition des actes de cruauté envers les animaux et qui militent pour laisser une place à la biodiversité menacée par la « croissance », le productivisme, les traditions.
Nos sympathiques écologistes, animalistes, naturalistes découvrent toujours mille motifs d’affrontements, d’oppositions irréductibles.
Il y a trop de petites association, de petits partis animalistes ou écologistes, excellente recette pour échouer face aux ennemis de la terre.
Car face à cette poussière de groupuscules rivaux, les ennemis de la terre font bloc et constituent un Etat dans l’Etat, une Bastille assiégée par l’évolution des mentalités, mais très solidement gardée.
J’affronte ces forces de mort depuis bien longtemps et j’en connais les méthodes autoritaires et sournoises, les structurations corporatistes, les moyens financiers colossaux, les collusions avec la classe politique et je déplore la faiblesse des forces de vie.
Agrochimistes pollueurs, promoteurs d’infrastructures bétonnées, industriels en tous genres, chasseurs et divers exploiteurs de la nature exercent un pouvoir monopolistique, nonobstant les aspirations contraires de la majorité de nos contemporains.
Lorsqu’il s’agit d’arbitrer un conflit entre la nature et la spéculation, l’Etat dominé par les tenants de la société de marché opte pour satisfaire les intérêts des financiers et au détriment de la faune, de la flore et des milieux naturels.
Le quotidien LE MONDE décrit le lobby chasse, caricature grossière de ce qu’est un lobby, dans un article publié le 17 novembre dernier.
115 députés, 82 sénateurs soit un quart du sénat, émargent aux groupes « chasse » des assemblées.
Dans l’entourage des candidats aux fonctions électives les plus élevés s’agitent des hommes de l’ombre pour défendre la communauté des tueurs agréés.
Tous les prétendants à la présidentielle, à l’exception des VERTS et de Jean-Luc MELENCHON, présentent respectueusement leurs hommages à leurs « amis les chasseurs ».
Ils reçoivent, en exécutant la danse du ventre, le président de la fédération nationale des chasseurs, toujours porteur de revendications outrancières. Les politiciens, prêts à tout concéder, répètent les pires stupidités sur le thème : « le chasseur est le vrai écologiste. Il protège la nature mieux que quiconque ».
Les chasseurs payent un lobbyiste deux cent mille Euros par an pour qu’il fasse le siège du président de la république et des parlementaires.
Ce lobbyiste « conseilla » son ami Nicolas SARKOZY, puis tout aussi régulièrement le président HOLLANDE.
Ne doutons pas que demain, si la France adopte le thatchérisme en mai 2017, le président fera docilement la politique des chasseurs comme il s’y est engagé.
Dans les régions conquises par la droite, les chasseurs captent l’argent public (trois millions d’euros en AUVERGNE RHÔNE ALPES), gèrent l’environnement (dans les HAUTS DE FRANCE), l’ancien président national des chasseurs siégeant aux côtés de son ami le président de la région PACA.
Cette pieuvre aux tentacules envahissantes présente un trouble obsessionnel compulsif : la haine des écologistes et de ceux qui veulent changer la condition animale.
Pour eux, pas question de tolérer le moindre protecteur de la nature, fut-il très ramolli, très vert pâle.
C’est ainsi que le lobby dénonce la nomination à la tête de l’agence pour la biodiversité de personnages bien peu antichasses, tel Hubert REEVES, brillant vulgarisateur d’astrophysique, fort pusillanime envers la dictature des chasseurs.
Tout individu marqué de teintes vaguement écologistes doit être expulsé de la vie publique.
Pour le lobby chasse, il n’y a place pour aucune évolution, aucune modération et la moindre allusion à la disparition des espèces ou au caractère sensible de l’animal déclenche un rejet haineux.
Pour nos politiciens dévoyés, le « chasseur gère la nature » en piégeant les derniers ortolans, en tirant les derniers tétras, en massacrant huit mois par an, de jour et de nuit, l’avifaune aquatique, en persécutant les carnivores sauvages indispensables aux équilibres naturels, en torturant le blaireau par la vénerie sous terre, en refusant toute mesure de protection et toute avancée sur la voie d’un adoucissement des moeurs à l’égard de cet être sensible qu’est l’animal.
Imposture et forfaiture font de la France la lanterne rouge de l’Europe en matière de protection de la nature.
Le lobby veut l’Etat, faire la loi, frapper d’ostracisme ceux qui ne pensent pas que la nature est un stand de tirs et l’animal de la chair à fusil et à piège.
Comme toujours, face à une féodalité riche et omnipotente, les humains se clivent en deux catégories : ceux qui se couchent et collaborent et ceux qui s’indignent et résistent.
Pour soumettre le politicien, le lobby clame que les chasseurs votent massivement, plus et mieux que les bobos urbains qui, par ailleurs, ne voteront pas contre la chasse, sujet qui ne les concerne guère.
Le lobby perdure à dénombrer un million quatre cent mille voix pour la chasse, car le chasseur vote en famille.
Or, le fait est que le nombre des chasseurs diminue inexorablement et vient de passer sous la barre du million.
Combien de temps vivrons-nous sous la dictature d’un lobby sectaire, archaïque, hermétique à l’écologie ?
La montée du néoconservatisme conforte le lobby chasse.
Parler le langage des « beaufs », des demeurés, des grincheux ignares, est la marque, le socle sociologique du « trumpisme » et de son homologue Français, les REPUBLICAINS.
Ce courant de pensée érige le refus de l’intelligence, de la raison, de l’empathie en fonds de commerce électoral.
Pour ces criminels contre nature : « L’environnement, ça commence à bien faire ».
La vérité l’emportant toujours et une imposture ne pouvant pas survivre bien longtemps, la société devra changer son rapport à la nature et à l’animal.
Alors, la chasse sera abolie.
Mais pour cela, il faudra quelques prises de conscience et inverser le rapport des forces.
Vaste programme, n’est-ce pas !
Travaillons inlassablement à cette émergence, c’est-à-dire au rassemblement de ceux qui aiment la vie et récusent la jouissance de donner la mort .

Gérard CHAROLLOIS