Du crime contre l’humanité au crime contre la biosphère

Trop peu nombreux furent les esprits lucides qui avant AUSCHWITZ mesurèrent l’ampleur, l’insondable horreur du crime industriel contre l’humanité.
Il y eut de brillants écrivains, philosophes, commentateurs pour ignorer la banalité du mal que représentèrent les grands totalitarismes du siècle passé, des camps, des assassinats, des génocides, des déportations à l’ombre des drapeaux de la nation, de la race, du parti et de son génial duce ou petit père des peuples.
Visitant ROME au temps du fascisme, BERLIN aux heures nazies, MOSCOU capitale du monde nouveau, la plupart des intellectuels ne virent que la grandeur, la flamboyance, l’enthousiasme des foules, l’adhésion bon-enfant des citoyens épanouis par un ordre nouveau.
Il fallut trop longtemps aux consciences pour admettre qu’une fin ne justifie jamais un moyen criminel.
Aujourd’hui, nos commentateurs patentés ignorent qu’un crime d’une autre nature et d’une ampleur plus grande encore se perpétue sous une forme insidieuse.
La révolution néo-conservatrice ultra-libérale, initiée par REAGAN et THATCHER en 1980 en ANGLETERRE et aux USA, révolution funeste devant affecter la France l’an prochain, s’attaque de manière systématique, absolue, définitive non à une race, à une classe, à des dissidents, mais au vivant dans sa globalité.
Cette idéologie, nouveau totalitarisme sournois, aboutit à rendre la planète inhabitable, d’abord pour les autres espèces puis, en bout de course, pour l’humanité elle-même.
Or, cette idéologie repose sur un socle solide, à savoir un vice de l’humain : la pulsion insatiable de l’enrichissement, la soif d’accaparement personnel.
Pour célébrer son culte, cette idéologie doit retirer à la nature, à l’animal et à l’homme leurs valeurs pour les soumettre à l’intérêt du profit.
Concrètement, les sites naturels doivent disparaître pour faire place aux réalisations spéculatives, aux aménagements lucratifs.
Les animaux doivent demeurer des marchandises que l’on peut produire industriellement, au mépris de leurs vies et de leur bien-être.
Les humains n’appartenant pas à la caste des oligarques doivent devenir flexibles, rentables, exploitables, dépourvus de droits et de garanties, nonobstant le progrès des techniques et des modes de production qui devraient permettre une amélioration des conditions de vie de chacun.
Tout réfractaire à cette flexibilité, à cette soumission à la loi du Marché n’est qu’un archaïque, un irresponsable, un inadapté que la propagande médiatique doit blâmer et marginaliser au nom de la « science économique ».
Le néoconservatisme niera les droits sociaux et ceux de la nature et des animaux. Il devra également nier l’environnementalisme anthropocentrique, nonobstant son caractère peu contestataire.
Pour les néoconservateurs, le climat n’évolue nullement en raison des pollutions humaines. Le reconnaître conduirait à brimer le commerce, la croissance, la rentabilité des firmes.
Pour eux et les pseudoscientifiques qu’ils financent, le globe connut des ères glaciaires et des périodes de réchauffement, notamment sous l’influence de l’activité solaire.
L’homme ne saurait être responsable de quoi que ce soit puisqu’il est seigneur et maître de la planète !
Alors, silence sur l’écologie, « sujet subalterne pour petits bourgeois décalés et traîtres à la cause sacrée de « l’entreprise privée ».
Or, les évolutions climatiques ayant affecté la terre se manifestent par des évolutions d’une lenteur sans comparaison avec le phénomène actuel.
Les variations géodynamiques se mesurèrent en dizaines de milliers d’années et non en décennies.
Quant à la mort de la biodiversité, le sujet est tabou pour les néoconservateurs adorateurs du Marché, prêtres de la concurrence, dévots de l’écrasement des êtres, élus de ce qu’il y a de plus ringard dans une société : les chasseurs.
Dans quelques décennies, l’Histoire jugera ces néo-totalitaires comme elle jugea les criminels du passé.
Les uns tuèrent massivement pour créer un homme nouveau, fruit d’une race pure ou d’une doctrine du salut terrestre.
Les criminels du jour détruisent la vie sur terre pour servir la finance, le profit, l’enrichissement de quelques-uns au détriment des ressources, de la viabilité de la planète, des espèces végétales et animales et des droits sociaux, des services publics, de l’intérêt général.
La dérive politique affectant nos sociétés revêt une gravité que ne mesurent pas plus nos contemporains que ne le firent les hommes des années 1930 confrontés à la montée des fascismes bruns et rouges.
Les ennemis de la terre d’aujourd’hui remplacent ceux du genre humain de naguère.
L’acculturation, le conditionnement comportemental se substituent aux meetings enflammés.
L’anesthésie des consciences tient lieu d’adhésions ardentes des foules d’antan.
Alors contre le fascisme de renard du jour, recréons un Conseil National de la Résistance, comme les gens de mieux le firent contre le fascisme de lion d’hier.
Bien sûr, nul ne doit s’y tromper : renard et lion sont ici convoqués comme dans les fables d’antan et sont exempts des crimes de ceux qui utilisèrent la force brutale comme de ceux qui usent de la ruse.
Présentement, nonobstant le péril, de petits politiciens courent après leurs petites carrières, indifférents au sort des citoyens et de la biosphère confrontés aux agressions du fascisme de renard des ultras-libéraux.
Médiocrité qui rappelle celle des clercs du passé face à d’autres périls.
A cette heure, je ne suis pas le seul à appeler à ce rassemblement contre le néo-totalitarisme sournois. Je ne suis que le premier.

Gérard CHAROLLOIS