La scission : maladie des mouvements faibles

La science politique, l’histoire des idées et des faits sociaux enseignent une loi immuable qui peut s’énoncer ainsi : plus un courant de pensée est faible dans une société donnée, plus il se morcelle en groupuscules scissionnistes.

Les socialistes au 19ème siècle, les anarchistes, puis les monarchistes subirent ce mal, fruit de leur affaiblissement et source d’accentuation de celui-ci.

L’éloignement du pouvoir, la marginalisation, la concentration sur des débats théoriques favorisent le fractionnisme, alimentent les querelles personnelles et le purisme qui épure.

Le cercle vicieux s’accélère alors puisque les scissions affaiblissent la cause et l’affaiblissement accentue le rythme des scissions.

Comment échapper à cette spirale suicidaire ? En la décrivant et en s’adressant à l’intelligence de chacun.

Appliquons notre thérapeutique de la prise de conscience à notre pensée écologiste, animaliste, naturaliste.

D’abord, partons d’un simple constat des faits.

Les firmes, les spéculateurs, les lobbies (agricole, cynégétique, des travaux publics), les vieilles idéologies (théocentrique et anthropocentrique) se coalisent pour empêcher l’émergence d’une société de réconciliation de l’humain avec le règne du vivant.

Or, ces intérêts contre nature dominent largement, possèdent le pouvoir de l’argent, les relais politiques et des structures corporatistes puissantes.

Sous cette domination, la nature se meurt, les animaux sont torturés et les humains souffrent de l’absence de sens de leur vie.

Si nous voulons faire gagner l’arbre, l’animal et l’homme, nous devons unir tous ceux qui souhaitent des avancées. Unir, non pas pour ne voir qu’une tête, pour gommer les différences, pour durcir les mous et modérer les durs, mais pour être efficaces et parce que nous avons un devoir envers la biosphère.

Il est légitime que des militants, des associations s’attachent à l’abolition des exploitations ludiques et récréationnelles de l’animal, que d’autres s’insurgent contre l’artificialisation de l’espace, que d’autres sensibilisent sur une éthique alimentaire.

Il y a une cohérence dans tous ces combats, un noyau central, un socle philosophique premier : l’humain doit cesser d’être infernal et de massacrer la vie.

Réjouissons-nous de l’existence de mouvements antichasse, anticorrida, mouvements végétariens, mouvements d’occupation des zones à défendre, de dénonciation de la cruauté des abattoirs, de l’absurdité d’un élevage industriel.

Il suffit de comprendre qu’un lien éthique relie tous ces combats et que tout en cultivant les spécificités, il y a lieu de s’unir, dans l’action, contre les ennemis de la terre.

J’observe la montée des périls contre la cause du vivant, la persistance de forces nocives et l’absence de discernement des opinions publiques.

Ainsi, le président TRUMP n’est pas qu’un milliardaire indélicat, un réactionnaire obscurantiste. Il vénère la chasse et méprise la nature.

En France, la plupart des candidats à la présidentielle (et singulièrement celui qui sera élu pour le malheur de ce pays) goûtent la torture tauromachique, s’agenouillent devant le lobby chasse et déréguleront pour permettre aux petits copains qui les financent d’exploiter et de détruire allègrement.

Il leur faut « spéculer sans entrave ».

La France est menacée de Thatchérisme mâtiné de Pétainisme.

La France est en passe de subir une rupture brutale, féroce, antisociale et antiécologique, une rupture au détriment de tout ce qui vit et au profit de tout ce qui rapporte à la finance.

La vérité est que de braves gens, nullement sadiques, parfois même bien intentionnés envers la nature et les animaux, apportent leur voix et leur soutien à ces hommes nuisibles, sans mesurer la portée de leur choix.

Cela tient à une désinformation soigneusement entretenue.

La presse formatée se garde bien d’exposer les options de fond et les mauvais sentiments des candidats du système.

Dès lors, rien d’étonnant que les « hauts parleurs » du conformisme déplorent qu’Internet présentent d’autres faits et d’autres idées.

Nos petits propagandistes officiels stigmatiseront les dérives de la toile, le « complotisme », le « charlatanisme », les « impostures » véhiculés par Internet, uniquement pour masquer leur déploration d’une liberté d’expression que ne permet pas la presse propriété des oligarques.

Il est vrai que sur le net, les délires les plus extravagants côtoient des pensées parfaitement rationnelles, étayées.

Je préfère à la censure le vacarme des opinions et je fais confiance à l’intelligence du lecteur pour discerner ce qui élève et éclaire de ce qui relève du dérangement mental.

Internet nous permet de dire ce que la presse sous contrôle, celle qui nous ignore à dessein, refuse d’analyser.

Puisque notre parole bénéficie de ce canal, faisons de cet instrument une chance pour le vivant.

Unissons-nous, non pas dans un monolithisme fade, mais dans la foisonnante diversité des associations, groupements, fédérations diverses.

Amis des loups, des taureaux suppliciés, des blaireaux déterrés, des porcs confinés dans des usines à viande, des sites menacés par le béton et l’asphalte, réfractaires au culte de l’argent, prenons conscience de ce qui nous unit pour, ensemble, faire gagner la vie.

Sans cette union des gens de mieux, les pires règneront pour nuire.

Dans peu d’années, lorsque les ambitions égotistes, le manque de perspective des femmes et hommes de mieux, auront sacrifié l’arbre, l’animal et l’homme en offrant les pouvoirs aux forces réactionnaires, mes appels à la constitution d’un nouveau conseil National de la Résistance seront repris.

Je ne revendiquerai aucun droit d’auteur car je porterai ma part de responsabilité, comme tous nos contemporains, dans l’avènement d’une catastrophe sociale et écologique que je n’aurai fait qu’annoncer.

Gérard CHAROLLOIS