La valeur d’une civilisation

La valeur d’une civilisation se mesure au degré de respect, de protection, de dignité, de liberté qu’elle offre aux plus vulnérables et notamment aux femmes, aux animaux, aux enfants, aux malades.
Lorsque se déchaînent les haines, les guerres, les génocides, que tombent les barrières des interdits moraux les plus élémentaires, que la pulsion prime sur la raison et la violence primaire sur la retenue, ce sont ces victimes vulnérables qui succombent d’abord.
Sur la terre des hommes qui n’est pas partout celle des femmes, le kidnapping, l’exploitation, la soumission, la domination, perpétuent en notre temps leurs atrocités.
N’en déplaise aux récitants des dogmes contemporains, toutes les cultures ne se valent pas.
Tous les us et coutumes, y compris certains des nôtres, gagnent à être abolis et récusés au nom du progrès humain qui tient à une élévation de ce degré de respect et d’empathie.
Que de lâchetés criantes se masquent derrière le refus de condamner les crimes de notre temps : enfermement de la femme, répression de l’homosexualité, châtiments corporels et peine de mort à l’encontre des blasphémateurs et des apostats, mais aussi abattages rituels, chasse loisir, corrida et plus généralement tous actes révélant la cruauté hideuse des hommes.
Notre époque souffre, dans le petit monde intellectuel, des mêmes tares qui empêchaient, au siècle passé, de beaux et grands esprits de dénoncer les crimes des régimes totalitaires.
Il leur fallait, pour la bonne cause, cacher le sang coulant du mauvais côté.
Or, aucune fin ne justifiera jamais le mépris des plus faibles, des plus fragiles, des plus humbles.
Une fin civilisatrice passe par des moyens qui lui correspondent et n’exige aucun moment de négativité.
Que voilà des évidences éthiques qui dépassent tellement les débats politiciens dont l’indigence confine à la débilité.
Comme il est plus aisé de célébrer les révolutions d’hier, les résistances victorieuses du passé, que d’affronter les maux de l’époque où l’on vit.
Combien de ceux qui commémorent les gloires d’antan auraient été du bon côté de l’Histoire ?
En fait, trop rares sont les humains d’exception qui osent se dresser contre les crimes contemporains car, à dénoncer la violence, la soumission, le lâche conformisme, il y a trop de coups à recevoir.
Flatter le tyran, servir le lobby, bêler à l’unisson des capitulations morales, radoter les préjugés de sa secte s’avèrent plus confortables que de s’exposer à penser librement, à solliciter sa raison et à pratiquer l’empathie.
« La civilisation est une marche vers la lumière » disait Victor HUGO.
Vers la lumière ?
Oui, si l’on contemple le chemin parcouru, l’amélioration des conditions matérielles de vie des hommes, les conquêtes contre la maladie et la douleur, la reconnaissance des droits des enfants, l’abolition de la torture et de la peine de mort, la déclaration des droits de l’homme et les garanties contre l’arbitraire, la dissipation des ténèbres de la superstition et du charlatanisme.
Alors sommes-nous assurés, pour nos successeurs, de lendemains radieux, sous le soleil de la raison et de la compassion envers tout ce qui vit ?
Rien n’est décidé.
Le gouffre béant, le trou noir dont rien ne sort attendent leur heure, enfantés par le libéralisme économique qui dévaste la biosphère et avilit l’humain en un être cupide, avec altération du climat, surpopulation, disparition de la biodiversité, libérations des pulsions de mort.
Selon les jours et vos interlocuteurs, vous opterez pour la marche vers la lumière ou pour celle à l’abîme.
Mais n’oublions pas que si l’humanité s’anéantissait, cela ne ferait pas frissonner le cosmos.

Gérard CHAROLLOIS