La comédie des politiques

Les médias adorent les oxymores, ces hommes de gauche qui font des propositions de droite et inversement.
Plus c’est fade, flou, mou, évanescent et plus les canaux de l’information s’ouvrent pour permettre à d’excellents acteurs de radoter sur le thème : « Je préconise un changement radical. Une nouvelle façon de faire de la politique. Je veux que les gens s’approprient le débat, ouvrir la société, faire sauter les clivages».
Et cela dure à longueur d’interview dont ne ressort aucune proposition concrète.
La forme, le style, les « éléments de langage », les postures tiennent lieu de pensée, de conviction et même de programme.
Que feront ces personnages du pouvoir qu’ils convoitent sans cesse ?
Ils serviront les lobbies de la finance et ceux de l’arriération.
En fait, pour eux, le changement tient à l’excellence de leur carrière.
L’arbre, l’animal et l’homme ne les préoccupent nullement et ils se garderont bien de dire quoi que ce soit de tangible qui risquerait de leur aliéner ces suffrages qu’ils désirent comme le toxicomane aspire à son poison.
Avec ces politiciens, les mots, les concepts, les idées s’altèrent.
Le citoyen doit s’atomiser, s’isoler pour être impuissant face aux forces d’argent, empêché délibérément de s’agréger en une force susceptible d’inquiéter les intérêts du Marché, de la finance, des groupes de pressions.
Pauvre individu désarmé, il ne pèse rien face aux puissances du temps et sa contestation est même cultivée, pour peu qu’elle demeure très personnelle et ne fasse pas masse.
Le libéralisme économique acculture le citoyen pour mieux le neutraliser.
On le persuade que sa parole, sa révolte, son indignation constituent des actes politiques puis, après l’avoir ainsi amusé, le parti du MEDEF qui est aussi celui du CPNT s’approprie tous les pouvoirs concrètement par les urnes, sans même que nos sympathiques indignés mesurent l’ampleur de l’astuce.
En politique, on peut avoir des adversaires idéologiques. Puis, on a un ennemi.
Pour moi, l’ennemi est clairement identifié.
Il torture l’animal, extermine la nature, exploite les hommes, compromet la viabilité de la terre.
La gauche, la droite, « cela n’aurait plus de sens », pour les tenants de l’ordre injuste établi, soucieux d’anesthésier l’opinion.
On n’explique pas ces notions de politologie qui seraient cependant indispensables à l’appréhension du réel.
Alors, avec mes amis lecteurs, faisons un peu d’Histoire :
Le 11 septembre 1789, les états généraux, devenus assemblée constituante, délibéraient sur la possibilité d’un veto royal opposable aux lois adoptées par l’assemblée nationale.
Ceux qui étaient pour le veto du roi se placèrent à droite, face au président de la constituante et ceux qui le refusaient se rangèrent à gauche.
Ce clivage traverse, jusqu’à nos jours, l’histoire politique contemporaine : républicains contre monarchistes, anticléricaux contre traditionalistes, dreyfusards contre antidreyfusards, socialistes contre maîtres de forges, antifascistes contre antimarxistes, décolonisateurs contre impérialistes, soixanthuitards contre conservateurs,, voilà pour le passé révolu, mais, avec constante, défricheurs d’idées nouvelles contre tenants de l’ordre immuable.
Et aujourd’hui ?
Le débat de fond, le vrai clivage oppose ceux qui veulent constituer une Force Pour le Vivant et les tenants de la chosification du vivant.
Tout le reste n’est qu’écume, ambitions personnelles, verbiage creux.
La question est : un être sensible ne vaut-il pas davantage que l’argent et les traditions ?
Aujourd’hui, si vous voulez savoir ce qu’est le parti négationiste des droits du vivant, une caricature de l’esprit réactionnaire et malfaisant, visitez la région AUVERGNE RHÔNE ALPES, tombée sous la coupe d’un politicien qui méprise « l’assistanat », réduit de moitié les subventions à la fédération régionale de protection de la nature, gratifie la firme CENTER PARCS qui veut saccager une forêt en Isère, offre des autoroutes aux multinationales du BTP et aux tiroirs caisses des petits copains des sociétés autoroutières, voudrait des gaz de schistes, conchie le principe de précaution, bref, détruirait volontiers la planète pour enrichir les oligarques.
Inutile d’ajouter qu’il fit alliance avec le CPNT, comme le firent tous les leaders de son parti conservateur, lors des dernières régionales.
Ceux qui les ont élus savent-ils qu’ils ont voté pour la mort de la faune, de la forêt, des sols, des eaux, de l’air exempts de poisons ?
Savent-ils qu’ils ont voté contre les services publics, contre les salariés, contre les gens humbles ?
Savent-ils que ce parti sert les intérêts sordides des affairistes, des chambres de commerces et de l’industrie, toujours en manque de bétonnage et de bitumage, de la FNSEA ?
Non, car acculturé politiquement, le citoyen vote par ressentiment et sans vraiment connaître la portée de son choix.
Aussi, il va de déception en désillusion, pour toujours souffrir les mêmes domestiques des oligarques.
N’oublions jamais que les ennemis de la terre sont les nôtres.

Gérard CHAROLLOIS