Loup : état d’urgence

pjjuo5nuAccompagnant la phase régressive qui affecte nos sociétés depuis une trentaine d’années, des hommes nuisibles perdurent à exterminer la nature, à maltraiter l’animal, à exploiter sans vergogne le vivant aux noms de leurs intérêts sordides et de leurs préjugés arriérés.
On pouvait espérer, avec la prise de conscience écologique, une réconciliation entre l’humanité et la nature, réconciliation indispensable à la survie de l’une et de l’autre, mais la contemplation de l’actualité du droit et des pratiques publiques dément cette issue favorable de l’évolution.
Notre espèce, par ses capacités, acquiert une maîtrise croissante sur le monde, sans corriger ses tares que sont la cupidité et la cruauté.
Elle s’avère ainsi une impasse pour la grande aventure de la vie sur terre.
Inexorablement, l’humain sacrifie la diversité biologique à sa croissance, ses profits, ses pulsions thanatophiles, sa démographie folle.
Nombre d’espèces de grands animaux posséderont bientôt davantage de spécimens dans les parcs zoologiques que dans la nature.
Il y a toujours une mauvaise raison pour détruire un site, massacrer une espèce et partout la nature se meurt.
En cette fin d’année, les dirigeants politiques planétaires se sont donnés en spectacle sur le thème du climat.
Bien sûr, cette représentation ne doit, pour les dirigeants politiques, comporter aucune incidence négative pour les lobbies industriels et agricoles car égratigner les profits des oligarques signifierait des menaces pour les « emplois ». surgirait alors l’aveu d’indigence morale et intellectuelle manifestée, avec éclat, par l’ancien président de la république :
« L’environnement, ça commence à bien faire ».
La classe politique illusionnera les foules avec le réchauffement, la « transition énergétique », occasion d’investissements spéculatifs, mais fera du sérieux en ne bridant pas les initiatives fructueuses des multinationales, maîtres du monde, en libéralisme économique.
D’ailleurs, les incidences du climat ne préoccupent les dirigeants et les médias que sous un angle purement anthropocentriste.
En France, la guerre du loup illustre le décalage entre les nécessités d’une approche nouvelle du vivant et l’arriération d’une fraction notable de la société, particulièrement de deux milieux sociaux : certains agriculteurs et les politiciens.
Revenu d’Italie (qui compte environ 1500 loups) en 1992 via le MERCANTOUR, canis lupus réveilla, dans les milieux agro-cynégétiques, les obscurantismes médiévaux, avec peur de l’indomptable bête sauvage, perçue comme féroce, dévoreuse de troupeaux et de petits enfants, surtout concurrente du chasseur dans la limitation du nombre des herbivores.
De vieux grimoires paroissiaux ne permettraient-ils pas d’accréditer les légendes autour du loup diabolique ?
Un archiviste consacra son énergie au service de l’obscurantisme anti-nature et chercha laborieusement des preuves, dans les siècles passés, d’attaques de loups sur des humains.
Le fait qu’aucun Italien, aucun Espagnol, Espagne où vivent environ 2500 loups, n’ait jamais été dévoré par ce cousin direct de nos chiens domestiques, ne saurait ébranler les préjugés.
Car tout préjugé a justement pour caractéristique d’échapper à la raison, à la réfutation expérimentale.
La vieille formule : « L’homme est un loup pour l’homme », est insultante pour les loups, car ceux-ci ne s’entretuent que très exceptionnellement et on pourrait envier leurs rituels de substitution des affrontements.
Les milieux agro-cynégétiques, par la violence, l’intrigue, la pression obtinrent les soutiens d’une classe politique, toujours prompte à sombrer dans la démagogie, lorsqu’elle ne coûte rien aux féodalités financières et économiques.
Subventionné à hauteur de 50% des revenus, l’élevage ovin connaît une crise économique imputable uniquement aux importations de viande, à la baisse des cours et, fort opportunément, à une diminution de la consommation de cette viande.
Le loup est un bouc émissaire commode et sa présence impacte davantage les préjugés que les revenus et ce d’autant que les pertes liées à la prédation sont amplement réparées par de fortes indemnisations.
Depuis le retour du loup se succèdent des plans dont l’objectif est l’éradication de l’espèce, sans que les gouvernants osent afficher ce but contraire aux volontés de l’immense majorité de nos contemporains comme aux conventions internationales visant à protéger l’espèce.
Affaibli par ses propres reniements, l’actuel gouvernement surenchérit par des mesures ouvertement exterminatrices.
Bien que la population de loups n’augmente pas en ce pays contre nature, passant même de 301, en 2014, à 282, en 2015, selon des estimations discutables, le ministère de l’écologie double le nombre de loups à tuer, officiellement, passant de 19 l’an passé, à 36 cette année.
Il autorise désormais ses « amis chasseurs », lors des battues aux grands mammifères, à tuer des loups, prérogative jusqu’ici dévolue à la garderie et a formé une brigade spéciale pour faire la guerre aux loups.
Les éleveurs de moutons et de subventions sont-ils satisfaits de ces mesures ?
Nullement.
En fait, culturellement, ces hommes contre nature ne veulent ni loup, ni ours, ni lynx, ni marmotte, ni vautour, ni bouquetin dans les montagnes.
Ils veulent des parcs à moutons totalement aseptisés, sans faune autre que le « gibier », sans flore spontanée.
L’élevage de montagne, contrairement à ce que crurent naguère certains écologues, ne favorise pas la biodiversité en prévenant la reforestation spontanée.
Les espaces surpâturés deviennent pauvres en diversité végétale.
L’actuel gouvernement est coupable de mener une politique anti-nature que n’atténuerait pas la pseudo-opposition dite de droite car, dans la nocivité, l’irresponsabilité écologique, le mépris de l’animal, la classe politique en son ensemble mérite une mention de déshonneur.
Que faut-il faire ?
Réviser la politique de subvention de l’élevage de montagne en subordonnant les aides à la présence des grands prédateurs.
Le système actuel donne lieu à des abus et à une dilapidation de l’argent public en maintenant artificiellement trop de moutons dans les espaces naturels.
Les pouvoirs publics, tenant un langage de fermeté et de clarté en faveur du loup, désamorcerait les gesticulations du lobby agro-cynégétique dont la violence actuelle est le fruit de la lâcheté des politiques, comme le fut la pusillanimité de l’État face aux tartarinades des chasseurs de tourterelles du MÉDOC qui faisaient trembler, il y a une trentaine d’années, les ministres de l’intérieur de l’époque.
Le 16 janvier prochain, à LYON, tous les défenseurs du vivant doivent se mobiliser pour sauver le loup, victime emblématique de ce que l’homme fait à la vie sauvage.
Cette manifestation revêt, pour la cause du vivant, une importance qui ne doit pas vous échapper.
Contre la diversité du vivant se dressent tous les lobbies de l’arriération, les forces de l’argent, les tenants de chasse, pollutions, béton et traditions et leurs complices dans l’appareil d’État.
En venant à LYON avec nous, vous exprimerez votre opposition à l’élimination d’une espèce qui a sa place sur cette planète, à l’instar de toutes les autres. Vous refuserez la dictature des exterminateurs qui, avec le loup, anéantissent toutes les formes de vies non directement rentables. Vous témoignerez pour une réconciliation de l’humanité avec le reste du vivant.
Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE

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