Une phase régressive

Comme elles paraissent loin les années 1960, temps de la générosité brouillonne, de la libération des esprits, de l’émancipation des mœurs, de la contestation de l’ordre injuste, de l’audace novatrice, de la justice exigée, des erreurs fécondes et des espérances folles.

Nous assistons à la montée des obscurantismes, aux crispations, aux aigreurs, à l’atomisation d’une société anxieuse, pusillanime, recroquevillée, frileuse, à la fois incapable d’assumer ses valeurs propres et d’en proposer de nouvelles.

Dans ce contexte pathologique, les peuples se fourvoient dans des impasses grosses de déceptions amères.

En France, ce phénomène régressif se manifeste, comme partout ailleurs.

En cinq ans, comparant les résultats électoraux aux régionales, le vote écologiste a fondu de moitié, ce qui était prévisible.

Bien sûr, il pourrait être reproché aux leaders écologistes, invités dans les médias nationaux, d’oublier la nature, l’animal, le vivant, la biosphère, la valorisation de la vie, pour se complaire dans des thématiques irrecevables par l’opinion publique actuelle.

Quant à notre voix, elle est censurée, à l’instar de tout ce qui trouble la quiétude du vaste super-marché.

Toutefois, ces maladresses ne suffisent pas à expliquer un glissement de fond des populations vers d’autres rivages.

Pour améliorer, changer, sauver le monde, il faut commencer par le comprendre, comme un médecin doit d’abord effectuer un diagnostic avant d’appliquer une thérapie.

Réciter des dogmes vertueux, adopter des postures, faire de lamorale basique : c’est bien.

Mais si ces positionnements aboutissent à maintenir au pouvoir, aujourd’hui dans les régions, demain à la tête du pays, les perpétuels agents des lobbies, les mêmes adorateurs du Marché, les mêmes valets de la finance, les mêmes serviteurs du libéralisme économique, la vertu vaut un hypnotique.

Ainsi, concrètement, demain, dans les conseils de région, les élus du lobby chasse, gangrénant les listes du parti dit « Les républicains », pourront faire détourner des fonds publics au profit du loisir de mort, déjà gratifié de trop d’argent de l’Etat, des collectivités territoriales et de l’Europe.

Combien de braves électeurs dupés savent-ils qu’ils votent chascistes ?

Le lobby chasse accompagne, dans cette classe politique nocive, tous les autres lobbies : agrochimie, industrie, travaux publics, banques, filières du tabac et de l’alcool.

Ces lobbies phagocytent les Etats et les instances internationales pour imposer leurs intérêts contre nature et contre le bien public.

Pendant que ces mafias parasitent la société, la classe politique à leurs ordres distrait le citoyen avec de la sécurité et des accords internationaux sur le climat.

Les politiques promettent de la vidéo-surveillance aux portes des super-marchés et des agents de sécurité, cibles devant des cibles, un peu partout.

La sécurité gagne bien peu en cette affaire, mais recruter des policiers, des gendarmes et des vigiles présente l’immense mérite de créer des emplois, en violation du prurit anti-services publics des libéraux en mal de suppression des agents publics.

Un parachutiste de combat, surarmé, baroudeur à souhait, devant chaque établissement ouvert au public ne garantirait nullement la sécurité puisqu’il serait la première victime d’un commando djihadiste.

Un soldat mort ne protège plus personne.

La gesticulation sécuritaire n’a pas d’autre effet que celui d’un placebo : il rassure.

La fièvre sécuritaire dérive l’attention des citoyens. Loin de moi l’idée qu’il ne faudrait pas combattre les assassins.

Ce que je récuse, c’est le théâtre d’ombres que les politiques instrumentalisent pour se perpétuer.

Le choc des civilisations, le défi de l’identité Française ou européenne, la victoire sur le djihadisme passent sans doute par les armes létales, mais aussi par celles de la raison, par la grande bataille des idées et des valeurs, par le refus de ce piège infernal où tombent tant les réactionnaires de droite que les belles âmes de gauche.

Ce piège culturel, cette faute contre l’intelligence résident, par exemple, dans le fait d’insulter un arabe en le qualifiant de musulman, comme s’il n’avait pas le droit d’être autre chose, comme si nous, Européens, étions condamnés à être des chrétiens.

Sortons des débats moyenâgeux.

Affirmons l’unité fondamentale du vivant, ce qui n’interdit pas, liberté oblige, à des esprits archaïques de s’identifier encore à de vieilles lunes d’antan, mais qui offre à chacun la liberté d’accéder à une nouvelle appartenance : celle des êtres vivants, la seule qui m’importe.

La conférence des parties sur le climat, achevée ce jour à PARIS, offre une autre illustration de la gesticulation politicienne.

Le thermostat planétaire serait réglé à 1,5° de hausse des températures du globe, vertueuse intention que ne suivra aucune mesure concrète.

Les mêmes politiciens ne jurent que par la croissance purement quantitative, par les grands travaux inutiles, par l’augmentation du trafic aérien, par le gaspillage de gadgets à obsolescence programmée.

Comment pourraient-ils faire autrement dans une civilisation basée sur la concurrence, la compétition, l’accaparement et nullement sur la redistribution, le partage, l’altruisme ?

Pour feindre de concilier les impératifs écologiques et la logique du libéralisme économique, voici la transition énergétique avec ses éoliennes géantes et omniprésentes, ses champs de panneaux solaires remplaçant les espaces boisés.

Ceux qui osent contester ces impostures, proposer non pas une sobriété heureuse, mais une vraie croissance qualitative, sont réduits au silence ou, pire, étiquetés « extrémistes », « intégristes », ce qui dispense de les lire et de les entendre.

Que feront les Etats souverains de l’accord pour le climat ?

Ce que voudront les lobbies qui dirigent l’humanité, contrôlent l’information, imposent leurs intérêts égoïstes et immédiats.

Le gouvernement Français, organisateur de la COP21, désireux de s’assurer un succès public, pourra se décerner un brevet de vertu écologique puis, de NOTRE DAMES DES LANDES aux loups massacrés, continuer à détruire la nature.

En observant notre époque, je n’oserai pas dire que j’éprouve le malaise de vivre sur la « planète des singes », car cette assertion injurierait nos cousins qui, après tout, n’inventèrent ni la religion, ni le capitalisme, ni le Marché, ni la mort érigée en loisir.
Gérard CHAROLLOIS

CONVENTION VIE ET NATURE