A propos du travail

« Contre le chômage, on a tout essayé », énonçait, à la fin de sa vie, le président François Mitterrand.
L’actuel titulaire de la fonction présidentielle conditionnait, au début de son quinquennat, sa candidature en 2017, à « l’inversion de la courbe du chômage ».
Des commentateurs naïfs comparent les taux de chômage des pays, stigmatisant, avec une gourmandise masochiste, la France et « ses droits sociaux acquis » et la libre jungle anglo-saxonne, paradis de la finance, de l’entreprise privée.
Ces commentateurs dogmatiques ignorent les taux comparés de « travailleurs pauvres ».
Vaut-il mieux un chômeur indemnisé ou un travailleur titulaire d’un contrat à zéro heure ?
Pour les conservateurs, tout se passe comme si le travail était par lui-même une valeur, une nécessité, un passage obligé pour la dignité humaine.
Or, où est l’édification de l’homme, son épanouissement, lorsqu’il s’abime dans certaines activités professionnelles consistant, par exemple, à maltraiter l’animal, à détruire la nature, à polluer la terre.
Oui, il advient que le travail soit une source d’élévation, une opportunité de servir le bien public, en sus d’être un moyen de gagner sa vie sans l’altérer.
Ce n’est cependant pas toujours le cas et je n’aurai pas la méchanceté d’énoncer des tâches rémunérées que ma conscience m’aurait interdit d’exercer.
Les politiciens fossilisés mentent aux peuples en leur promettant des « emplois grâce à la croissance ».
Il faut comprendre qu’après deux siècles d’avancées technologiques augmentant la productivité du travail, quarante ans de dématérialisation, la création d’un village planétaire, la concentration agricole et industrielle, nous avons changé de monde.
« Travailler plus pour gagner plus » relève d’une absurdité doublée d’une imposture.
Il y a de moins en moins de « besoins de travail » et particulièrement dans le secteur productiviste et marchand.
Dans la première moitié du 20ème siècle, des observateurs remarquaient déjà que là où il fallait cent hommes, en agriculture, travaillant pendant cent heures, la mécanisation réduisait à une unité et une heure de travail l’exécution de la même tâche.
Avec la révolution informatique et numérique, la dématérialisation, ce processus atteint une dimension bien supérieure.
Or, les hommes politiques manquent de lucidité ou de courage pour remettre en cause leurs dogmes et faire œuvre pédagogique.
Il est bien loin le temps où les populations, enfants compris, travaillaient 17 heures par jour, ramenés à 10 heures par jour par l’éphémère conseil de la Commune de PARIS en 1871, six jours sur sept, pour des salaires de misère.
L’histoire du travail est celle de sa réduction progressive.
Et si de cette fatalité, on faisait une opportunité.
Comment ?
En inversant les dogmes inadaptés aux conditions du temps.
Ces dogmes imposent que l’humain serve l’économie, accepte des sacrifices, de la flexibilité, devienne esclave du profit de ses exploiteurs.
Mettons l’économie au service de l’humain et de la nature.
Je préconise, concrètement et pour s’en tenir à la notion travail :
Un partage, avec semaine de quatre jours, soit 32 heures de travail ;
La création d’emplois publics dans la santé, l’éducation, la protection de la nature, la sécurité publique, les services sociaux ;
La suppression de la retraite couperet pour que chacun puisse choisir sa vie ;
Le financement des services publics, donc de l’Etat, par la banque centrale, la monnaie devant servir l’intérêt général et non le secteur bancaire .
Pour abuser les citoyens, les tenants du Marché nient la raréfaction du travail mais soutiennent l’imposture suivante :
« Le salariat qui représente encore 90% des emplois va disparaître et sera remplacé par l’auto-entreprise ».
Or, les auto-entrepreneurs existent déjà et, pour trop d’entre eux, se révèlent être des travailleurs pauvres affublés d’un masque d’oligarque.
Notre époque est décidément celle des « éléments de langage », des mots menteurs, d’une habile manipulation mentale permettant au système de perdurer malgré sa nocivité pour la nature et pour l’humain.
Le « libéralisme économique » crée des pollutions, des destructions de sites, du chômage.
Il suffit de peindre en vert le développement « durable », d’exploiter au nom des énergies renouvelables, de transformer les chômeurs et les indigents en auto-entrepreneurs.
L’astuce grossière, soutenue par les médias, propriétés des oligarques, ne peut que marcher.
Le citoyen applaudira à l’annonce d’une économie verte et le travailleur pauvre grimé en « entrepreneur » votera pour les amis de messieurs BOLLORÉ, BOUYGUES et DASSAULT.
Bien sûr, le système ne durera pas mille ans, mais bien assez longtemps pour faire des affaires, provoquer la sixième grande disparition d’espèces et créer un malaise dans la société.

Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE