Mort de l’Etat de droit

Si la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, proclamée le 26 août 1789, intégrée au préambule de la constitution de la république, proclame que les hommes sont libres et égaux en droit, il faut bien reconnaître que la lâcheté des gouvernants les amène à bafouer constamment ce principe d’éthique démocratique.
Selon que vous serez organisés en lobbies mafieux et violents ou que vous serez vulnérables et inoffensifs, vous pourrez allègrement exercer des violences, commettre des exactions, agresser les personnes, dégrader les biens, sans rien avoir à redouter des foudres de la loi, ou inversement, être harcelés, interpelés, inquiétés sous les prétextes les plus farfelus.
Ainsi, à titre de simples illustrations, les agriculteurs ont pu brûler des édifices publics à MORLAY, organiser des manifestations avec déversements de fumiers et plumes dans les rues, souiller des préfectures, violenter des « zadistes » à SIVENS, en totale impunité.
Des éleveurs chasseurs de Haute Savoie, ennemis des bouquetins du BARGY, purent séquestrer des agents du parc national, sans être le moins du monde empêchés et verbalisés.
En revanche, sept militants parfaitement pacifiques qui observaient les massacres desdits bouquetins ont été interpelés.
Ceux qui osent dénoncer publiquement la torture tauromachique se retrouvent déférés sans délai devant les tribunaux pour « organisations de manifestations non déclarées » ou « utilisation de mégaphones », alors que nombre de corporations, en raison de la crainte qu’elles inspirent, ridiculisent un pouvoir pusillanime.
Ces catégories dangereuses peuvent casser, brutaliser, incendier en toute impunité.
L’actualité offre quasi-quotidiennement des illustrations de cette démission de la république devant les gesticulations de telles ou telles composantes de la société.
Quand la force de la loi cède devant la loi de la force, c’est la liberté de tous qui s’étiole.
Chacun sait que certaines banlieues sont abandonnées au trafic de drogue et au fanatisme religieux.
L’état a démissionné.
Ni la police, ni les pompiers, ni même les médecins et services de secours ne peuvent plus pénétrer dans certains quartiers, zones de non-droit, aux mains de bandes et du totalitarisme.
Pour sauver une apparence d’ordre, les autorités capitulent.
Mais les campagnes, elles aussi, échappent bien souvent à la quiétude, à la sécurité, à l’égalité que confère seul le règne de la loi.
Peut-on admettre que des gouvernants, oublieux de leurs devoirs, incapables d’affronter l’adversité, cèdent devant la force et traitent différemment les citoyens, selon qu’ils appartiennent à des organisations inspirant la peur ou à des groupements trop vulnérables, trop pacifiques.
Les uns pourront commettre des délits sans jamais être identifiés.
Les autres perdront le simple droit de manifester leurs convictions.
Récusons tout subjectivisme, en la matière.
Quels que soient le groupe social, le parti, le syndicat, la sensibilité, les intérêts qui s’expriment, la loi doit être la même pour tout le monde.
Il est indigne de l’État de droit que certains jouissent d’une impunité absolue, cependant que d’autres subissent les rigueurs des lois et règlements.
Dans les banlieues comme dans la ruralité, exigeons que les citoyens redeviennent égaux en droit.
Assez de privilèges pour les uns, de tracasseries subalternes, pour les autres.
Méprisons ces hommes politiques inconsistants qui préfèrent une injustice à un désordre, qui laissent des commandos saccager, brûler, violenter, pour avoir la « paix publique », et qui frappent ceux qui témoignent pour le vivant, sans risquer de troubler l’ordre public, sans susciter la peur.

Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE